Société sportive : Perpétuel désaccord

Société de gestion sportive du wydad

La fédération impulse sans pour autant que les clubs suivent

Reportée à maintes reprises, la mise en place de la loi « 30-09 » portant sur le passage à la société sportive n’a toujours pas vu le jour. Un véritable casse-tête pour la fédération. D’ailleurs, jusqu’à présent, aucun club de la Botola dite professionnelle ne semble apte à affranchir le pas symbolisé par les phases d’évaluation de changement de statuts. Une nouvelle illustration de l’amateurisme du football national. Décidément, les clubs marocains n’ont pas l’air d’être prêts à suivre le rythme de la fédération. En atteste le comité directeur du WAC qui a procédé à la création d’une société de « gestion sportive », filiale de l’association, dont une majorité absolue du capital est porté par l’actuelle association. En l’état, cela diffuse dans l’air l’idée d’une solution intermédiaire de gestion, qui fonctionnera ou pas. Autrement dit, une manière d’éluder la loi en vigueur, laquelle précise la création d’une société anonyme dont l’association détient 1/3 au minimum du capital. Décryptage.

Un conservatisme exacerbé

En suivant l’assemblée générale de l’année 2017-2018 du WAC qui s’est tenue en Août dernier, l’exposition du bilan annuel qui s’est achevée sans la moindre contestation de la part des membres présents, laisse croire à une saison globalement concluante. En tout cas, la 29m30s de ladite présentation a particulièrement attiré notre attention (Pour visionner la vidéo : Cliquer ici). On y explique que le comité du WAC a procédé à la création d’une société de gestion sportive, détenue quasi-entièrement par l’association, à hauteur de 99,996 %, équivalent à 99 996 actions, dans le cadre de la loi sur la SA au Maroc qui exige d’avoir 5 actionnaires au départ. Et afin de se conformer à cette même loi, quatre actions ont été “portées” par quatre autres actionnaires, une pour chacun : Le Président, le Vice Trésorier, le notaire-adhérent en charge du dossier et enfin le secrétaire général (Ci-après une interprétation schématique).

Schéma 1 – Modèle cible

Schéma 2 – Modèle adopté

Rien de bien surprenant puisqu’on reste toujours dans le cadre de l’article de loi qui prévoit justement le minimum d’actionnariat de l’association à un tiers, soit une minorité de blocage. Mais en creux, cette décision n’aurait pas des allures de détournement du texte ? Rien n’est moins sure.

Des investisseurs au pas de la porte

Visiblement, la direction compte faire cavalier seul. En réalité, ce choix à connotation plutôt protectrice qui offrira le monopole au comité en termes de gestion financière et surtout sur le volet décisionnel, constitue à lui seul un frein au projet sportif du WAC, lequel entrave sa vision à long terme. Au fond, et alors que la loi en question dont l’objectif principal est d’intégrer des investisseurs et des gestionnaires dans le football professionnel marocain afin de le hisser au plus haut rang et ne plus revivre les multiples déboires de gestion par des présidents par le passé, la décision du directoire fermerait en quelque sorte la porte aux investisseurs; personnes physiques et morales (Sociétés) qui souhaitent participer dans le dynamisme de la maison rouge (national et international). Ces derniers peuvent constituer des acteurs puissants qui contribueront jusqu’à deux tiers au financement du capital total de la société, l’association ne se souciera que d’un tiers. Un objectif réalisable, comme expliqué dans un précédent billet, avec un nombre d’adhérents moyen et un coup d’adhésion acceptable.

En tout et pour tout, par amour du club ou par intérêt, il paraît évident que les dirigeants actuels n’entendent pas lâcher le morceau aussi facilement. Une décision légale qui recouvre la loi en question d’un voile d’incompréhension, vu que rien ne les oblige à changer de fusil d’épaule. Et quand bien même, ce ne serait plus le cas, pas sure que cela change quoi que ce soit. Au jour d’aujourd’hui, dire que les investisseurs ne se bousculent pas aux portes du complexe Benjelloun confine au doux euphémisme. Et pour cause, le pouvoir de séduction du Wydad Athletic Club en particulier et des clubs marocains en général, est insuffisant pour attirer les convoitises d’investisseurs aussi bien nationaux qu’internationaux. Car il ne faut pas se leurrer, qui dit investisseur, dit retour sur investissement, et en l’état, les actifs et les sources d’argent du WAC ne sont pas légion.