Hakim Ziyech n’a pas l’intention de quitter le Wydad. Selon les dernières informations, l’international marocain aurait clairement fait savoir à Ibrahim El Asri, nouveau président du club, qu’il souhaitait poursuivre son aventure avec les Rouge et Blanc. Arrivé à Casablanca en octobre 2025 après son départ d’Al-Duhail, le joueur entend donc aller au bout de son engagement avec le Wydad, malgré les interrogations qui entourent son avenir depuis le changement de direction.
Le dossier n’est toutefois pas totalement simple. Ziyech ne souhaiterait pas accepter une baisse de son salaire actuel, considérant que celui-ci relève de son contrat en cours et non d’une nouvelle négociation. La nouvelle direction devra donc composer avec cette donnée financière tout en essayant de préserver un joueur que le président Ibrahim El Asri considère comme important pour son projet sportif.
Jabrane et El Hassouni, les retrouvailles d’une génération
Quelques jours plus tôt, le Wydad avait également avancé sur un autre terrain : celui de la mémoire. Le club s’apprête à retrouver Yahya Jabrane et Ayman El Hassouni, deux visages familiers d’une génération qui avait marqué l’histoire récente des Rouge et Blanc. Jabrane doit revenir pour une saison, tandis qu’un accord a également été trouvé avec El Hassouni autour d’un contrat d’un an, avec une possible prolongation.
Ce retour n’est pas seulement celui de deux joueurs expérimentés. Il raconte aussi une volonté : celle de reconstruire en s’appuyant sur des hommes qui connaissent déjà la maison, ses exigences, sa pression et cette atmosphère si particulière qui entoure le Wydad. Le club sort d’une période difficile, avec une saison achevée à la cinquième place de la Botola et deux exercices sans titre.
Et si Ziyech était finalement plus qu’un simple joueur à conserver ?
C’est ici que l’histoire devient intéressante. Parce que derrière la question presque banale d’un renouvellement de contrat se cache une interrogation beaucoup plus profonde : quel Wydad Ibrahim El Asri veut-il réellement construire ?
Ziyech veut rester. Jabrane revient. El Hassouni se rapproche lui aussi de la maison. Et, dans le même temps, le club travaille sur d’autres renforts et sur la prolongation de plusieurs éléments importants de l’effectif, à l’image du gardien Mehdi Benabid ou de Mohamed Moufid.
Le Wydad semble donc chercher quelque chose qui dépasse la simple accumulation de noms. Il tente de retrouver une identité.
Et dans cette quête, Ziyech occupe une place particulière.
À 33 ans, il n’est évidemment plus le joueur qui faisait trembler les défenses européennes sous le maillot de l’Ajax, ni celui qui soulevait la Ligue des champions avec Chelsea. Mais le football ne se résume pas toujours à l’âge, à la vitesse ou au nombre de kilomètres parcourus. Certains joueurs conservent quelque chose que les statistiques ne racontent jamais complètement : la capacité à faire basculer un match sur un geste.
Ziyech possède encore cette capacité. Sa première saison au Wydad, malgré les blessures et un temps de jeu irrégulier, l’a rappelé. En Botola, il a inscrit huit buts et délivré deux passes décisives en douze apparitions selon les statistiques disponibles, auxquelles s’ajoute un but en Coupe de la Confédération africaine.
Ce ne sont pas les chiffres d’un joueur venu simplement terminer sa carrière dans le confort. Ce sont ceux d’un joueur qui, lorsqu’il est disponible, reste capable de peser lourd.
Et parfois même très lourd. Un triplé contre le Hassania d’Agadir. Puis un doublé contre le CODM Meknès. Des moments où, malgré les limites collectives d’une équipe qui n’a pas toujours offert un visage à la hauteur de son histoire, le talent individuel de Ziyech a suffi à rappeler pourquoi son arrivée avait autant fait parler.
La stabilité peut aussi naître des grandes personnalités
Le Wydad n’a pas besoin de Ziyech uniquement pour ses buts ou ses coups de pied arrêtés. Il peut en avoir besoin pour ce qu’il représente.
Dans une équipe qui cherche à retrouver de la stabilité, disposer d’un joueur capable de prendre le ballon lorsque le match se ferme, de réclamer la responsabilité lorsque les autres hésitent et de créer quelque chose à partir de presque rien peut avoir une valeur considérable.
Mais cette valeur ne sera réelle que si elle s’inscrit dans un collectif. C’est là que se trouve toute la difficulté.
Car conserver Ziyech et faire revenir Jabrane ou El Hassouni ne garantit absolument pas le retour des trophées. Le football ne fonctionne pas comme une machine à remonter le temps. On ne remet pas ensemble les morceaux d’une ancienne équipe en espérant retrouver automatiquement les mêmes émotions.
Le Wydad doit construire autre chose. Quelque chose de nouveau, avec des visages anciens.
Le retour des héros suffit-il à reconstruire une équipe ?
Il existe évidemment une part de romantisme dans ces retours.
Jabrane, c’est le capitaine, le milieu qui connaît les grandes batailles, les nuits africaines et la pression du maillot rouge. El Hassouni, c’est une autre mémoire du Wydad, une autre voix d’une époque où le club savait encore transformer son expérience en force collective.
Et Ziyech, lui, arrive avec une histoire différente. Il n’est pas le produit de la formation du Wydad. Il est l’enfant du football néerlandais devenu star européenne, passé par l’Ajax, Chelsea, Galatasaray et Al-Duhail, avant de revenir au Maroc comme une immense attraction. Son arrivée avait marqué un moment symbolique : pour la première fois, une star de son calibre choisissait de jouer pour un club marocain après avoir connu les plus grandes scènes européennes.
Mais cette différence peut justement être une richesse. À condition que le Wydad sache l'utiliser. La vraie question n’est donc pas de savoir si Ziyech est compatible avec Jabrane, El Hassouni ou les autres anciens.
La vraie question est de savoir si le projet sportif est suffisamment cohérent pour faire cohabiter leurs histoires.
Une nouvelle politique de recrutement à l’épreuve de Ziyech
Le Wydad semble aujourd’hui vouloir retrouver certains joueurs qui ont participé aux grandes heures récentes du club, tout en continuant à renforcer l’effectif avec de nouveaux profils. Cette orientation peut avoir du sens : dans une période de reconstruction, l’expérience peut servir de pont entre une équipe qui a perdu ses repères et une nouvelle génération appelée à prendre le relais.
Mais elle comporte aussi un risque. Celui de construire une équipe tournée vers le souvenir plutôt que vers l’avenir.
Le retour de Jabrane est séduisant. Celui d’El Hassouni l’est également. La conservation de Ziyech peut être sportivement intéressante. Mais ces décisions doivent répondre à une logique collective et non simplement à l’émotion populaire.
Le Wydad ne peut pas seulement recruter des joueurs capables de rappeler ce qu’il était. Il doit recruter et conserver ceux capables de participer à ce qu’il veut devenir. Et c’est probablement là que se situe le véritable chantier d’Ibrahim El Asri.
El Asri a devant lui un puzzle bien plus compliqué qu’un mercato
Le nouveau président du Wydad a été élu le 21 juillet dernier avec 72 voix contre 56 pour Yassine Saadallah. Il arrive dans un contexte délicat, marqué notamment par deux saisons sans titre et une situation financière qui impose de la prudence. Son travail ne consistera donc pas uniquement à convaincre Ziyech de rester. Il faudra surtout trouver la bonne manière de le faire jouer.
Trouver le milieu capable de courir pour lui. Les joueurs capables de couvrir ses déplacements. Les profils capables de transformer ses inspirations en occasions. Les défenseurs capables de donner au bloc la solidité nécessaire pour que les joueurs offensifs puissent prendre des risques.
Il faudra également gérer les statuts, les ego, les générations et les attentes. Car conserver une star comme Ziyech tout en faisant revenir des joueurs qui ont déjà été des cadres du club peut être une force immense.
Mais cela peut également devenir un vestiaire difficile à équilibrer si chacun arrive avec son propre poids, son propre passé et ses propres exigences. Le président devra donc faire plus que composer une équipe. Il devra composer un groupe.
Entre nostalgie et avenir, le Wydad doit choisir son équilibre
Il y a quelque chose de profondément séduisant dans ce Wydad qui semble vouloir récupérer une partie de son âme. Jabrane revient. El Hassouni pourrait revenir. Ziyech veut rester. Comme si le club cherchait, dans les souvenirs de ses dernières grandes années, les morceaux nécessaires pour réparer une saison qui a laissé des cicatrices.
Mais le football ne récompense pas la nostalgie. Il récompense l'équilibre, le travail, la cohérence et la capacité à transformer les individualités en force collective.
Ziyech peut être une pièce essentielle de ce projet. Peut-être même une pièce décisive. Sa première saison a montré qu’il conservait suffisamment de talent pour faire la différence, même lorsque le collectif autour de lui peinait à trouver son meilleur visage. Mais il ne peut pas être le projet à lui seul. Jabrane ne peut pas être le projet. El Hassouni ne peut pas être le projet. Et aucun nouveau recrutement ne pourra, à lui seul, rendre au Wydad la grandeur qu’il réclame.
Le vrai défi d’Ibrahim El Asri commence maintenant
Le président possède désormais plusieurs pièces intéressantes entre les mains. Des joueurs d’expérience. Des visages connus. Une star capable d’éclairs. Des éléments à prolonger. De nouveaux renforts à intégrer. Reste à savoir s’il saura assembler le tout. C’est peut-être cela, finalement, le véritable mercato du Wydad. Pas seulement acheter. Pas seulement conserver. Pas seulement faire revenir.
Mais comprendre comment faire jouer ensemble des joueurs qui appartiennent parfois à des époques différentes, à des histoires différentes et à des footballs différents. Le défi d’Ibrahim El Asri sera de transformer cette accumulation de talents, de souvenirs et d’attentes en un modèle efficace, capable de produire des résultats et, surtout, de redonner au Wydad ce qui lui manque le plus aujourd’hui : une équipe qui ne se contente pas de porter le poids de son passé, mais qui recommence à écrire son propre avenir.
Et peut-être que la décision de Ziyech de rester n’est que la première pièce de ce grand puzzle. La plus brillante, certainement. Mais pas nécessairement la plus difficile à placer.







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