En simple spectateur, j’ai revu les images du match entre le Wydad et le FC Séville. Rien de décisif sur le terrain, mais quelque chose s’est passé ailleurs. Dans les gradins. Au milieu des chants, des couleurs, de l’énergie... un drapeau. Celui de la Palestine. Il ne flottait pas comme un accessoire. Il tenait tête au silence, comme une vérité plantée au milieu d’une foule.

Et ce n’est pas la première fois. Le public Wydadi a toujours été plus qu’un public de football. Bien avant les groupes ultras, bien avant les chorégraphies et les fumigènes, il y avait cet esprit critique, cette conscience collective, ancrée dans l’ADN du club. Car le Wydad, depuis sa création, n’a jamais été neutre. Il est né en contexte de résistance, porté par un peuple qui cherchait à exister, à dire « non » à l’injustice.

Et aujourd’hui encore, ce public réagit quand le silence devient complice, quand l’inacceptable se banalise. La Palestine est enfermée, assiégée. Des familles entières sous les bombes. Des enfants privés de soins. Des centaines de camions d’aide qui patientent aux frontières comme s’il fallait négocier l’accès à la vie. Et pendant ce temps… le monde regarde ailleurs.

Pas seulement les dictatures cyniques ou les régimes autoritaires. Non. Même ceux qui se disent garants de la morale, des droits humains, de la démocratie — les puissances dites justes, occidentales, éclairées — détournent les yeux, ou pèsent leurs mots comme on pèse des intérêts. Ils parlent de 'conflit', jamais d’occupation. Ils parlent de 'réaction', jamais de massacre.

Et là où on aurait cru trouver un appui naturel, un sursaut de solidarité — chez les pays frères, arabes ou musulmans —, il n’y a bien souvent que silence, ou demi-mots diplomatiques. La voix tremble dès qu’elle s’approche du sujet. Les regards fuient. Les mains restent dans les poches. Comme si défendre Gaza, c’était risquer quelque chose de trop grand. Alors on évite, on se tait, et la Palestine reste seule, ou presque.

Presque, car dans une tribune de Casablanca, ce drapeau levé par des jeunes, ce geste simple mais fort, nous rappelle qu’il existe encore des gens qui ne veulent pas s’habituer à l’injustice. Des gens sans poste officiel, sans pupitre, sans micro. Mais avec une conscience intacte.

Et ce soir-là, ce n’était pas un drapeau. C’était un miroir tendu au monde.
Un miroir qui dit : 'Regardez-vous. Vous qui avez oublié. Nous, on n’oublie pas.'

Je ne suis qu’un citoyen. Un spectateur. Mais face à ce drapeau, face à ce silence global, je me demande :
où sont passées les valeurs ? Où est passée l’humanité ?

Et je me prends à croire que tant que ce public Wydadi restera debout, lucide, fidèle à ses principes — le Wydad restera un peuple avant d’être un club. Et ce peuple, lui, continue à parler quand tant d’autres préfèrent se taire.