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Navigation à vue | Wydad Athletic Club - Actualité / News du WAC - أخبار الوداد الرياضي

Pourquoi ? Mais pourquoi le Wydad de Casablanca, nanti d’un groupe de joueurs évalué à 15 millions d’euros par le très sérieux “transfermarkt.fr”, en sus d’un entraîneur de renommée international, n’arrive-t-il pas à se mettre sur les bons rails ?

Le récent enchaînement de désillusions et autres contre-performances ne peut être le fruit du hasard. Derrière ce constat, il y a bien évidemment un tas de raisons. Les décortiquer reviendrait à ne pas uniquement pointer du doigt le staff ou les joueurs. S’y attarder c’est aussi mettre à nue une politique sportive quasi inexistante. Et ce n’est pas le titre de ligue des champions qui nous fera dire le contraire. En réalité, cette consécration méritée à l’époque n’était qu’un arbre qui cachait une forêt de dysfonctionnements et d’obstacles ne permettant pas au WAC de devenir une fois pour tout un ogre dans le paysage footballistique marocain.

Un effectif désuni

Dernièrement, un chargé de communication a été embauché au complexe Mohamed Benjelloun. Dès son arrivée, il a pris l’habitude de publier en Live Facebook, les 15 premières minutes des entraînements de l’équipe première. Si à première vue ces vidéos sont ennuyeuses, elles n’en restent pas moins riches en enseignements. Notre attention a été attirée par les exercices de Toro. Les éléments dont est constitué chaque groupe dévoilent en filigrane, deux clans distincts. A savoir, d’un côté, les joueurs étrangers ou issus de l’immigration, et de l’autre, les locaux. A première vue, cela n’as pas vraiment d’importance. Mais à y regarder de plus près, on peut y voir un manque d’homogénéité et de cohésion. Une absence d’esprit de groupe. Un peu comme un mélange d’huile et d’eau. Comme si les joueurs n’avaient jamais passé un Weekend à la montagne. Se mettre autour d’un feu de camp. Tous ensembles pour créer des liens. Cela coûte autant qu’un week-end de concentration à Mazagan. Et même moins. A nos yeux, c’est l’un des principaux éléments à l’origine des prestations décousues sur le terrain. Ont-ils vraiment envie de se mettre minables les uns pour les autres. De faire les efforts pour le pote ? On ne parierait pas notre petit déjeuner sur ça. Pour s’en convaincre, il suffit de se remémorer l’attitude de Tighazoui sur le but encaissé en Tunisie. Évidemment, il y a toujours une part d’incertitude dans une hypothèse, mais elle contient aussi une part de vérité. Souvent.

Parfois, on aimerait savoir ce qui se passe sous la casquette de cette équipe. Le pourquoi de ces instants d’égarement et quelle est la part d’usure physique et mental et celle de la trouille de perdre encore. Encore. Et aussi, quelle confiance elle peut bien avoir dans ses lancements de jeu offensif. Des gloubiboulgas de temps de possession prévisibles et frileux, dépourvue d’ingéniosité, de créativité. De folie. Bref, trop prévisible. Le Wydad est devenu une équipe prévisible. On ne dit pas qu’avant, c’était le grand Barcelone de Guardiola. Néanmoins, il y avait un fond de jeu. Une ligne directrice. Offensive ou défensive. Là n’est pas la question. Le plus important tient dans la synergie des efforts de l’ensemble des joueurs afin d’atteindre un but commun. Blâmer les joueurs n’est pas un outrage. Par contre, ne pas convoquer la politique sportive à la barre des accusés. Si.

Quel est le projet sportif du Wydad de Casablanca ?

Pour répondre à cette question, il faut raisonner par analogie. Le projet sportif qui animait les Qatariens lorsqu’ils ont fait l’acquisition du PSG, est de remporter la ligue des champions. Et concrétiser par la même occasion l’objectif politique, à savoir, le rayonnement du Qatar dans le monde entier. Le projet sportif de l’As Monaco, est le trading de joueur. Du business. Miser sur des jeunes prometteurs, avec l’espoir de réaliser de forte plus-value à la revente. Le LOSC, l’ancien club de Hamza Mendyl, aussi. Vous me direz, le contexte marocain est totalement différent. Tout a fait d’accord. Toutefois, à la loupe, on aperçoit un modèle de gestion intéressant du côté du FUS de Rabat. On doit quand même avouer qu’ils ne sont pas irrésistibles en ce moment, mais ils ont gagné autant de titre de champion que le WAC depuis 3 ans. En s’appuyant sur un coach passionné par la formation, ils ont mis en place une cellule de recrutement qui sillonne les stades du pays à la recherche de talents. Stratégie payante. Aguerd (Dijon) et Bard Boulahroud (Malaga) en sont les exemples. S’agissant de scooting en Afrique subsaharienne, on peut citer Yusupha Njie (Boavista) et Moustapha Kondé (Manisasport). La gestion financière est admirable également. Leur balance de transfert est dans le vert depuis plusieurs années.

Alors, il est normal de se poser la question. Quel est le projet sportif du Wydad de Casablanca ? Axé sur la formation? Le trading de joueurs ? Pas sure. Gagner à tout prix ? Même si cela passe par acheter les meilleurs joueurs du championnat ? Si c’est vraiment le cas, ce serait synonyme d’une méconnaissance footballistique venant des dirigeants. Dans les sports collectifs en général, et dans le football en particulier, l’équipe gagnante ne s’appuie jamais sur une somme d’individualité. Bien au contraire. Elle fait plutôt appel à une volonté politico-sportive. Cela implique une alchimie entre le directeur sportif qui tente de concilier tant bien que mal sa vision avec celle de l’entraîneur. Sans oublier le président qui chapeaute le tout. Malheureusement, au centre d’entraînement du Wac, trois entraîneurs et autant de directeurs sportifs se sont succédés ces trois dernière saisons. Sur l’année civile 2018, L’équipe première a enregistré 12 arrivées et 13 départs. Et sa balance de transfert est déficitaire, toujours selon TransfertMarkt. Dans ces conditions, difficile d’insuffler une dynamique commune. Impliquer tous les employés. Du joueur le mieux payé au salarié dont la rente est souvent insuffisante pour affronter les méandres de la vie.

Vous l’aurez compris, tout suggère que le Wydad navigue à vue. A force, il risque de se perdre. C’est ce qu’on appelle le syndrome d’autodestruction. Scénario inenvisageable pour un club d’une telle stature. En tout cas, ce n’est pas ce qu’on souhaite.

Mais au fond, c’est ainsi, l’instabilité de nos clubs les condamne à travers de longs tunnels après des moments de gloire éphémères, ce qui les rapproche toujours davantage de la défaite que du succès et nous inspire plus d’ennui que d’enthousiasme. Et dans un contexte où le Wydad de Casablanca n’a plus le temps de perdre encore des points, la précision clinique des attaquants est attendue, à l’instar de l’instinct de connivence qu’il va falloir retrouver et les réglages collectifs qu’il convient de créer. Désormais, on attend que se dissipe sous les cranes la tempête née d’un tourbillon de défaites plus rageantes et affligeantes les unes que les autres.