FRMF ou la politique de l’autruche

maroc mountakhab wydad wac botola pro coupe monde derby winners tifo

Oscar Wilde ;”On a conscience avant, on prend conscience après.”

La déclaration fracassante d’Amine Errabati sur les matchs truqués dont son équipe d’hier a su en tirer profit aurait dû susciter un réel débat au sein des hautes instances du pays à commencer par la FRMF sur le mal qui ronge notre football. Dans un pays démocratique ,qui se respecte, les élus du peuple ont le devoir de se saisir de cette affaire devant le parlement.” Noyer le poisson” semble être la devise que les responsables ont préféré mettre en application. Les amoureux du sport en général et du football en particulier savent que le constat sur le sport est extrêmement alarmant.

Pour se faire une idée du mal qui ronge notre sport, nous proposons un article paru sur Lakome en date du 31/08/2013, qui met en exergue l’une des facettes qui entachent le sport marocain :

Foot. Le match raté de la monarchie exécutive

L’occasion est rare, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) tient son Assemblée générale ordinaire (AGO). L’occasion de dresser un premier bilan de la stratégie royale pour le sport.

La gestion du sport au Maroc et du foot en particulier offre une illustration de l’échec de la monarchie exécutive (et absolue) dans la gestion des affaires publiques. Cette volonté du régime d’être présent dans tous les secteurs de la vie politique, économique, sociale et culturelle des Marocains s’est avérée un échec dans le cas du sport. À l’occasion de la tenue de l’AGO de la FRMF, le 31 août à Skhirat, retour sur un cas d’école.

Come-back royal

Le sport est une affaire trop sérieuse pour être laissé entre les mains des citoyens. Le régime y tient mordicus, spécialement le foot1. Si le roi Hassan II supervisait de très près ce secteur, Mohammed VI n’y a pas montré un grand intérêt, surtout au début de son règne. En témoigne l’absence d’un portefeuille ministériel du sport entre 2002 et 2009.

Les résultats décevants aux JO de 2008 et la non-qualification à la Coupe du monde depuis 1998 poussent le nouveau règne à afficher sa volonté de réformer ce secteur. Après sept ans d’absence royale, le régime annonce son come-back en force à l’occasion des Assises du sport tenues en octobre 2008 2. Notons au passage, qu’à la même période des stratégies offensives sont déployées dans le domaine politique et économique. Le premier acte de la reprise en main royal du sport, c’est la lettre royale adressée aux Assises du sport. Le ton du monarque est dur à l’égard des dirigeants du sport, mais le constat est juste. Verbatim : «L’on observe que le sport est en train de s’enliser dans l’improvisation et le pourrissement, et qu’il est soumis par des intrus à une exploitation honteuse pour des raisons bassement mercantilistes ou égoïstes». Avant cette sévère salve, un événement annonçait, déjà, la couleur.

Le dream team de Majidi

Décembre 2007, le tout Rabat est convoqué pour une Assemblée générale du comité directeur du Fath Union sport (FUS). Abdelkrim Bennani, homme du Palais, cède son siège à Mohamed Mounir Majidi, secrétaire particulier de Mohammed VI. L’homme fort du régime choisit un dream team pour l’accompagner pour faire du FUS, un «champion national» : Moutassim Belghazi (ONA), Abdelmajid Tazlaoui (ONAPAR), Mustapha Bakkoury (ex-CDG et aujourd’hui à la tête de la MASEN), Moncef Belkhayat (Finance.com) et Ali Fassi Fihri (ONEP). Excusez du peu. Comme il l’a tenté avec l’ONA, de créer un champion national, Majidi veut faire du FUS, un club modèle. Le club rbati connait une réorganisation complète. Il reçoit le soutien de généreux sponsors publics (ONCF, Crédit agricole, SNTL) et privé (Al Maâbar, Electroplanet). Ce coup de pouce ne répond à aucune logique marketing. Le club joue tous ces matchs devant des gradins vides et son audience est dérisoire. Le bien fondé de ces contrats de sponsoring est à chercher dans la nature du président du directoire du club, Majidi.

La stratégie du FUS s’avère payante. De club de D2, il réussit sa remontée et remporte la Coupe de la CAF et la Coupe du trône en 2010. Son président, section foot, Ali Fassi Fihri se voit promis à un beau destin dans le monde du ballon rond.

L’argent coule à flot

Le faux départ de l’équipe nationale (EN) dans les qualifications pour la coupe du monde 2010 précipite le départ de Housni Benslimane et ses hommes de la gestion fédérale. Avril 2009 se tient l’AG de la FRMF, qui ne s’est pas tenu depuis 10 ans. Le militaire le plus gradé du royaume cède son fauteuil à A. F. Fihri, “l’homme choisi par le sérail”, comme on le chuchotera à l’oreille des autres candidats à la présidence de la Fédé qui se retirent et choisissent, sans vote, le nouveau patron du foot. C’est la fin du règne des militaires et le début de l’ère des managers.

En jetant un coup d’œil à la composition du bureau fédéral de A. F. Fihri, les profils des businessmen sortent du lot. Ainsi Karim Zaz, président de Wana à l’époque et Marouane Tarafa, directeur de la SOMED se trouvent chargé respectivement du marketing et des finances. Le parachutage de profils manageriels dans la gestion sportive s’accompagne par un autre signal royal.

Juillet 2009, la CDG, Bank Al-Maghrib, l’OCP et le Fonds Hassan II pour le développement économique et social signent un chèque de 250 millions de dirhams au profit de la FRMF. Une convention de sponsoring sous «la Haute sollicitude royale».

Le volet formation n’est pas en reste. L’Académie Mohammed VI de football sort de terre dans un temps record. A l’image des fondations royales, cette structure bénéficie d’avantages financiers inégalés. Pour son lancement elle obtient une enveloppe de 140 MDH. Un budget reçu de la part de Maroc Telecom, la CDG, Addoha, Centrale laitière, BMCE Bank et Marjane. Le centre de formation accède au statut d’association d’utilité publique rapidement. Le tout par la grâce de son directeur, nul autre que Mounir El Majidi himself.

L’heure des managers

La monarchie exécutive dans le sport réussit à placer un autre homme dans un poste clé, Moncef Belkhayat, un des membres du fameux comité directeur du FUS présidé par Majidi, se voit bombarder ministre de la Jeunesse et des sports sous l’étiquette RNI, un parti où il n’a jamais mis les pieds. Ce manager, rôdé au marketing réussit à placer le sport-business au cœur des débats. La professionnalisation du sport devient un sujet de prédilection d’une partie des décideurs de salons de Rabat et Casa. Le monde académique s’y mêle aussi. Dans un temps record plusieurs masters en management du sport se créent (ISCAE, ENCG, Université internationale de Casablanca, etc…).

Belkhayat réussit un autre coup de force. Le ministre place plusieurs managers dans des fédérations sportives. Mohamed El Mandjra, DG de Méditel, dans le temps, préside la Fédération royale Taekwondo. Taoufik Ibrahimi, DG de Comanav et Tanger Med est à la tête de la Fédération royale de natation et Fayçal Laraïchi, patron de la SNRT est président de la raquette nationale. Ils s’ajoutent à Abdelslam Ahizoune qui préside la Fédération d’athlétisme depuis 2006. L’arrivée de top managers dans le sport se voit stopper par les vents du Printemps arabe. Belkhayat quitte le gouvernement. Les mésaventures diverses d’Ibrahimi et de Mandjra les obligent à quitter leurs fédés. Le projet de professionnalisation tombe à l’eau.

Aucune reddition des comptes

Dans le foot, A. F. Fihri fait de la résistance. Malgré ses innombrables échecs sportifs et d’irréparables erreurs de gestion (contrats de Geret et Verbeek, l’absence de centres de formation et d’une ligue pro, aucune transparence financière, une communication défaillante, etc..), «l’homme du sérail» se maintient à son poste. Le projet d’une gestion footballistique saine et transparente est reporté aux calendres grecques.

Que retenir de l’échec de la monarchie exécutive à réformer le sport ? Primo, cette volonté de réformer par le haut du secteur est caduque. Les maux du sport marocain sont nombreux, il ne suffit pas d’une «volonté royale», boosté par un financement public et des golden boys du marketing et des affaires pour faire du Maroc une nation du sport. Secundo, ces «réformateurs» semblent oublier que dans le sport comme dans tout autre domaine public la démocratie, la transparence, la reddition des comptes et la compétence peuvent être les solutions pour une sortie de crise. À défaut de tout cela, le sport et foot en particulier agonise. Pire, l’avenir de la FRMF est dans le doute.

Le 18 juillet dernier, à quelques heures de l’AGO, Ali Fassi Fihri annonce son retrait de la FRMF et reporte l’assemblée au 30 août. Le bras de fer avec le Ministère de la jeunesse et des sports (MJS) autour des statuts de la fédération l’ont poussé à cette décision. Le MJS reproche à la FRMF de vouloir verrouiller les structures de la FRMF, spécialement le bureau fédéral. Sauf surprise, A. F. Fihri, l’homme de Majidi, devrait quitter le foot fédéral par la petite porte sans rendre des comptes pour personne sur quatre ans de gestion footballistique catastrophique. Ainsi fonctionne la monarchie exécutive et…absolue.