En épousant la pente naturelle de son conservatisme, Ammoutta est sorti gagnant d’un duel tactique acharné face à son homologue égyptien, et aura ainsi mené le WAC sur le toit du continent.

Un agent secret entretient le mystère, la discrétion, il a tendance à tromper son monde, à se trouver là où on ne l’attend pas. Exactement comme le WAC. En opportuniste, le club de Casablanca a démontré une incroyable capacité à être dangereux à tout moment, même sans bien jouer au préalable, même sans moment de pression durable. Il a fait le dos rond à l’entame de chaque mi-temps, avant de petit à petit, exploiter les failles de l’organisation défensive d’un adversaire à l’agonie.

Pourtant, tout avait bien commencé pour les Ahlaouis. Disposés en 4-4-2 à plat, habiles techniquement et dans les déplacements avec et sans ballon, ils ont laissé volontiers la possession au Wydad et se sont montré incisif avec des phases de transition rapides et une participation offensive simultanée des latéraux, avec un penchant vers le couloir de Moamen Zakaria. Sans aucun doute pour profiter des sauts de concentrations, mauvais placements et autres absences de Gaddarine, le maillon faible de la défense. Pour récupérer le cuir, les égyptiens se sont appliqués à priver leur adversaire de verticalité, en mettant rigoureusement sous pression la relance tout en l’orientant vers les côtés. Et ce, par la formation d’une colonne vertébrale : deux attaquants qui ont empêché les relances d’Attouchi et Rabeh, deux milieux défensifs pour empêcher toutes incursions de Saidi et El Karti dans l’axe, et une charnière centrale, occupée à cadrer Bencherki. Cette stratégie fut à l’origine de 20 première minutes de haute volée, ponctuée par des occasions chaudes (5’,13’) dont une pour le fantomatique Azarou (12’). Aux fraises et pas dans le Flow, l’ancien du DHJ, a lamentablement raté tout ce qu’il aura tenté, avant de laisser sa place dépité.

Défensivement pour le WAC, il fallait un bloc médian, pas trop haut pour gérer les courses égyptiennes dans le dos, mais suffisamment pour les presser. Cependant, acculés dès le coup d’envoi, ils se sont recroquevillés dans leurs 30 derniers mètres, autour d’un milieu à 5 aligné (4-5-1), offrant toute la latitude à l’entrejeu égyptien pour organiser et orienter. Puis, à partir de la demi-heure de jeu, le milieu wydadi a muté en une ligne de 4 sécurisé par une sentinelle, Nakach (4-1-4-1). Ce coaching a soulagé la défense des Rouge et Blanc et gêner la construction des cairotes.

Si cet ajustement tactique explique une ligne de récupération plus haute, offensivement, les ponctuelles incursions de Khadrouf dans le half-space (zone intermédiaire entre l’axe et le couloir), ont quant à elles eu pour effet une meilleure exploitation des ballons longs, mais aussi, apporter une présence à la retombé et un soutien aux attaquants (30’). En somme une verticalité retrouvée.

De plus, et les cairotes l’ont appris à leur dépend, c’est parfois difficile de jouer en 4-4-2 contre des équipes qui alignent un milieu à 5 comme le Wac. Il faut s’investir, jouer compact, faire les efforts. On peut y parvenir, mais tout le monde doit s’y mettre. Au fil des minutes qui s’égrainaient cette limite tactique a rattrapée les égyptiens. Outre moins de présence dans les duels et des approximations techniques sur le plan offensif, les pharaons n’ont plus réussi à prendre le meilleur au cœur du jeu. Et ce sont de petites erreurs tactiques, de placement, de replacement, de pressing après la perte du ballon, d’angles de passe qui n’ont pas été bouché, symbole du relâchement et de la baisse d’intensité physique qui leur a fait passer des sueurs froides à la fin de la première mi-temps, avant de leur coûté très cher au crépuscule de la seconde. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, le but marqué au match allé par Bencherki, est copie conforme à la réalisation de samedi soir. Ce dernier, aussi doué techniquement que rusé et provocateur, se retrouvant cette fois-ci à la passe pour son acolyte El Karti, dont c’était l’une des rares projections dans la surface adverses.

À l’heure de jeu, afin de reprendre le contrôle du ballon, le coach Égyptiens a acté le passage en 4-2-3-1, en faisant rentrer un 5ème milieu de terrain ( Ahmed Abdul Zaher) à la place d’Azarou. Le SUB a eu un apport énergique par ses dribbles et accélération dans les zones des Half spaces, mais ses mauvais choix ont annihilé sa bonne volonté, et les joueurs du Wac surent se montrer solides jusqu’au bout, et purent fêter avec leur public une saison bien au-delà de leur espérance. C’était comme ça et pas autrement, couru d’avance et inéluctable. Forcément, chacun a versé sa larme, et les palpitants ont battu plus fort. Evidemment, ils n’ont pas fait briller les yeux, n’ont pas ensorcelé le stade avec un jeu en toute beauté mais finalement les hommes d’Ammouta, devenu le premier technicien marocain à atteindre les sommets africain, ont quand même fait rougir le peuple Wydadi de plaisir en remportant le Graal africain pour la seconde fois après plus de 25 ans de disette. Si lourde de sens, cette victoire aura été une joie et une souffrance, mais elle fait un bien fou. Elle les aura vu réalisé ce qu’il fallait pour se souvenir qu’ils n’étaient pas destinés à un parcours facile, qu’ils n’ont jamais été doués pour le confort. La campagne continentale du Wydad aura surtout prouvée que la gloire n’était pas tributaire de la manière mais du résultat.

Chaabi Chady